Critère
Le projet Suivi transparent a identifié neuf paires de « critères » qui indiquent si les pays sont en bonne voie pour mettre en œuvre le cadre de transparence renforcée (ETF) de l’accord de Paris.
Les courtes vidéos et descriptions ci-dessous illustrent comment différentes parties prenantes peuvent prendre part et réaliser le suivi transparent des émissions et absorptions de GES.
Pourquoi ces critères ?
Ce guide présente un ensemble de critères conçus pour surmonter les difficultés et renforcer l’efficacité des mesures, rapports et vérifications (MRV). Ils viennent approfondir les principes TACCC de MRV déjà bien établis de Transparence, Exactitude, Exhaustivité, Cohérence et Comparabilité. Si ces principes constituent un socle solide, ils nécessitent des critères complémentaires pour reconnaître la complexité des réalités du MRV, et veiller à ce que ces systèmes soient non seulement rigoureux sur le plan technique, mais également équitables, évolutifs et capables de susciter la collaboration entre différentes parties prenantes
Cliquez sur les vignettes pour en apprendre plus sur les critères complémentaires.
Transparency & Clarity
Accuracy & Communicating uncertainty
Consistency & Completeness
Comparability & Interoperability
Complementarity & Scale
Reproducibility & Adaptability
Access & Distribution
Participation & Equity
Responsibility & Accountability
Transparence et clarté
Les systèmes de suivi doivent garantir que toutes les méthodologies, les processus et les données sont ouvertement documentés et accessibles. Ceci renforce la confiance chez les parties prenantes en leur permettant de comprendre et de vérifier les résultats transmis.
La transparence signifie de réaliser quelque chose ouvertement, sans dissimulation. Dans le cadre du suivi de l’utilisation des terres, la transparence signifie que toutes les activités sont totalement et clairement documentées, de façon à être comprises et potentiellement reproduites. Ces pratiques de transparence s’appliquent à la collecte, au traitement et au stockage des données.
Il est essentiel d’être transparent sur la provenance des données, et sur les limites possibles à l’interprétation des données si celles-ci ont été produites avec un objectif spécifique. Par exemple, si un pays réalise un suivi des forêts dans une seule région, l’information peut ne pas être exploitable pour des interprétations à l’échelle nationale.
La clarté permet de facilement comprendre l’information. Celle-ci est présentée d’une manière simple et sans ambiguïté, qui écarte toute confusion et interprétation erronée.
Pour le suivi de l’utilisation des terres, la clarté garantit la présentation effective des données et des résultats aux parties prenantes, qui peuvent les comprendre sans difficulté.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre :
- Préparer une documentation complète sur les méthodes, les jeux de données et les postulats utilisés pour le suivi.
- Utiliser des définitions cohérentes.
- Élaborer des directives et des procédures faciles à suivre.
- Utiliser un langage approprié en fonction des groupes cibles.
Exactitude et communication des incertitudes
Les rapports de haute qualité reposent sur la collecte de données précises et des méthodes robustes d’estimation des émissions et absorptions. Une communication claire des incertitudes renforce la crédibilité et aide les parties prenantes à interpréter la fiabilité des résultats.
L’exactitude décrit à quel point une mesure est proche de la valeur réelle. Viser l’exactitude signifie d’employer des méthodes qui livrent des estimations qui ne sont ni sous-estimées, ni surestimées.
Dans le contexte du suivi de l’utilisation des terres, plus les estimations seront proches des émissions et absorptions observées dans l’atmosphère, ou de l’utilisation des terres observée sur le terrain, et plus elles seront exactes.
Obtenir un haut niveau d’exactitude exige d’utiliser des méthodes et des données qui rendent compte des conditions locales. Il est également essentiel d’être précis, c’est-à-dire de produire des résultats avec une faible variabilité.
Il n’est possible d’atteindre l’exactitude que dans une certaine mesure. Les méthodes et les données appliquées au suivi des terres s’écarteront toujours de la valeur réelle.
Les démarches de suivi transparent exigent que les incertitudes soient clairement communiquées.
Les utilisateurs de données et d’informations doivent être capables d’évaluer l’exactitude d’une estimation. Ils peuvent le faire s’ils disposent de l’information indiquant le degré de variabilité d’une valeur autour de l’estimation. Parfois, la description qualitative d’une incertitude est plus facile à comprendre pour des parties prenantes.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre:
- Fournir des informations exactes, fiables et adaptables.
- Utiliser des méthodes et des jeux de données appropriés à l’usage prévu.
- Communiquer clairement les incertitudes entourant les estimations d’émissions de GES.
- Harmoniser les définitions et promouvoir l’utilisation de méthodes et de jeux de données similaires dans le temps.
Cohérence et exhaustivité
Les cadres de suivi doivent utiliser des méthodologies uniformes dans le temps et inclure l’ensemble des sources et puits pertinents. Cela garantit que les données sont comparables d’une période à l’autre et livre une vision complète des émissions et absorptions.
La cohérence signifie que le recueil, le traitement et l’analyse des données sont uniformes et stables dans le temps.
Par exemple, pour estimer les émissions de GES dues à la perte de forêt dans le temps, les méthodes d’interprétation des différentes images par satellite doivent être les mêmes à chaque fois.
La cohérence exige de recourir à une méthodologie commune, telle que les lignes directrices et les méthodes du GIEC pour l’inventaire des GES. Ceci permet aux utilisateurs de comparer les estimations entre pays, malgré des sources de données et des conditions différentes.
Cohérence ne signifie pas impossibilité d’exploiter de nouvelles technologies ou données. Mais si les méthodes et les données changent, ce changement doit aussi s’appliquer aux estimations précédentes, afin qu’elles restent toutes comparables.
L’exhaustivité signifie que les informations pertinentes ayant un impact sur les émissions et absorptions de GES sont toutes incluses.
Cela implique de fournir des estimations pour l’ensemble des réservoirs de carbone concernés (carbone dans la biomasse des arbres, du sol et des produits dérivés du bois), ainsi que dans tous les lieux pertinents, les activités d’utilisation des terres et les gaz à effet de serre.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre :
- Utiliser des méthodologies communes pour estimer les émissions de GES dans la durée.
- Mesurer et consigner systématiquement les données au fil du temps, afin d’obtenir des jeux de données nationaux complets.
- Concevoir des cadres de suivi flexibles capables d’intégrer des technologies et des sources de données émergentes, permettant aux utilisateurs de procéder à un retraitement des estimations précédentes et de les comparer.
Comparabilité et interopérabilité
Les données de suivi doivent être normalisées et compatibles entre les plateformes et les régions, afin de favoriser leur convergence avec les cadres internationaux. Cela renforce la collaboration et veille à la cohérence mondiale lors de l’élaboration des rapports.
La comparabilité est la capacité à comparer des données et des résultats provenant de diverses sources de données ou études, y compris à différentes périodes et dans différentes régions.
La comparabilité est étroitement liée à la cohérence. Les méthodes cohérentes dans le temps et l’espace garantissent la comparabilité des estimations à différents moments et dans différents endroits.
Obtenir la comparabilité dans le suivi de l’utilisation des terres requiert de l’harmonisation. Elle garantit que les catégories d’utilisation des terres, les techniques et les unités de mesures sont les mêmes d’un jeu de données à l’autre.
L’interopérabilité permet à différents systèmes, jeux de données et organisations de fonctionner ensemble en toute fluidité.
Dans le contexte du suivi des terres, l’interopérabilité est possible lorsque les données issues de plusieurs sources, telles que des données de télédétection, des enquêtes de terrain, ainsi que des données historiques, peuvent être intégrées et exploitées. Ceci implique généralement d’utiliser des formats et des procédures de partage de données communs.
Concrètement, fournir des données sur les données (c.-à-d. les métadonnées) aide les utilisateurs au niveau de la compréhension et de l’interprétation. Lorsque les organisations collaborent, elles doivent exposer leurs besoins dès le départ afin que les données puissent servir à des fins multiples.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre:
- Harmoniser les jeux de données d’une région à l’autre et d’une période à l’autre.
- Intégrer des métadonnées pour aider les utilisateurs à comprendre et interpréter les données.
- Définir les besoins de données en consultant les multiples parties prenantes, afin de concentrer l’effort de collecte de données et servir de multiples objectifs.
- Collaborer avec d’autres institutions pour produire des jeux de données.
Complémentarité et échelle
Un suivi efficace intègre des données de sources diverses, comme les mesures locales sur le terrain et les systèmes satellitaires mondiaux, pour fournir une vision holistique des émissions sur plusieurs échelles.
La complémentarité signifie que différents types de données, de méthodes et de systèmes peuvent être combinés afin d’obtenir un tableau plus complet et précis.
Dans le contexte du suivi des terres, accroître la complémentarité aide à surmonter les limites de méthodes uniques et relève la qualité globale du suivi.
Concrètement, l’association de sources de données variées, telles que les images par satellite, la photographie aérienne et les enquêtes de terrain, permet de tirer parti des atouts spécifiques de chacune. Le résultat est un jeu de données exhaustif et plus robuste. Les données doivent être interopérables pour être complémentaires.
L’échelle fait référence au degré de résolution spatiale et temporelle en fonction duquel les données sont recueillies et analysées. L’échelle détermine les résultats et les conclusions qui découlent des données.
Dans le contexte des terres, l’extensibilité des données permet de comprendre les processus d’utilisation des terres sur plusieurs échelles.
Les données à une échelle précise qui fournissent des informations détaillées sur des sites spécifiques facilitent la gestion et la planification. Par exemple, au niveau d’une exploitation agricole. Dans d’autres cas, des données à une échelle plus grossière seront plus profitables, par exemple, pour répondre à un besoin de données au niveau d’un pays afin d’élaborer des politiques et des mesures.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre:
- Combiner différentes sources de données (p. ex. des images par satellite, des photographies aériennes et des enquêtes de terrain).
- Fixer au préalable les objectifs et besoins de données du suivi, ou avec l’idée d’étendre et de compléter des systèmes de suivi existants.
Reproductibilité et adaptabilité
Les systèmes doivent permettre aux parties prenantes de reproduire les résultats et d’ajuster les méthodes à l’évolution des conditions, afin de permettre une amélioration et une innovation continues des pratiques de suivi.
La reproductibilité signifie que l’ensemble des étapes du suivi de l’utilisation des terres et du calcul des émissions et absorptions résultant des terres est documenté de telle manière que quiconque peut reproduire les résultats et arriver aux mêmes conclusions.
La reproductibilité nécessite des procédures de calcul uniformes et du personnel dûment formé.
Ceci requiert que différentes équipes comprennent le travail réalisé par d’autres et disposent d’une compréhension mutuelle des tâches. À titre d’exemple, l’équipe responsable de la télédétection et celle en charge de dresser l’inventaire des GES doivent communiquer.
L’adaptabilité signifie que les outils et méthodes utilisés pour le suivi de l’utilisation des terres et le calcul des émissions et absorptions résultant des terres peuvent être adaptés aux besoins des utilisateurs.
La reproductibilité, assortie d’une compréhension approfondie des étapes franchies, permet aux parties prenantes d’adapter les méthodes à leurs besoins et d’obtenir des résultats exploitables.
L’adaptabilité permet également d’apprendre de l’expérience et de s’améliorer au fil du temps.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre:
- Renforcer les capacités en gestion des documents et de la connaissance.
- Établir une communication efficace entre les équipes afin de partager une compréhension commune des tâches de suivi.
Accès et diffusion
L’accès consiste à s’assurer que les parties prenantes trouvent et utilisent facilement les données, les outils, les méthodes, et toutes les autres informations utiles au suivi de l’utilisation des terres. La diffusion signifie que les données et l’information sont transmises de façon appropriée, et accompagnées d’une communication claire sur les données et les outils.
L’accès consiste à s’assurer que les parties prenantes trouvent et utilisent facilement les données, les outils, les méthodes, et toutes les autres informations utiles au suivi de l’utilisation des terres.
Ceci implique l’existence de points faciles d’accès pour les utilisateurs et d’une documentation de qualité, par exemple des manuels. Il comprend également des formations, afin que les utilisateurs soient capables d’interpréter les données ou d’utiliser les outils.
Dans le contexte du suivi des terres, il est particulièrement important d’améliorer l’accès aux jeux de données à la fois à l’échelle nationale et locale.
La diffusion signifie que les données et l’information sont distribuées. Ceci exige que la communication sur les données et les outils se fassent dans plusieurs langues.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre:
- Concevoir des portails de données intuitifs qui facilitent l’accès et l’utilisation par des parties prenantes sans connaissances techniques.
- Élaborer des stratégies de communication pour diffuser les données auprès des parties prenantes cibles et du grand public.
- Publier des jeux de données et des outils dans plusieurs langues.
Participation et équité
Des systèmes transparents doivent faire participer différentes parties prenantes, y compris les peuples autochtones et les communautés locales, et veiller à ce que leurs voix et leur expertise soient représentées dans les activités de suivi. Cette inclusion renforce la légitimité et l’équité.
La participation signifie que toutes les parties prenantes sont conviées à prendre part aux processus de suivi et peuvent pleinement s’impliquer.
Ceci suppose que les parties prenantes concernées soient régulièrement informées et puissent contribuer à certaines tâches spécifiques, comme le recueil de données.
La participation est cruciale pour garantir la diversité des points de vue, encourager la collaboration, et aboutir à des résultats inclusifs et acceptés.
L’équité signifie que les parties prenantes sont considérées équitablement en fonction de leurs besoins, en veillant à ce que chaque personne ait accès aux mêmes opportunités et aux mêmes ressources.
Dans le contexte du suivi transparent, l’équité est respectée lorsque des dispositifs institutionnels sont en place pour faire valoir et protéger les droits des parties prenantes, par exemple au travers de lois garantissant l’accès aux données de suivi, ou à des tables rondes pour débattre des méthodes et des résultats.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre:
- Cartographier les parties prenantes et tenir compte de leurs besoins propres
- Allouer des ressources pour impliquer les communautés d’une manière continue et culturellement appropriée.
- Impliquer activement les parties prenantes dans les processus pertinents et faire appliquer des politiques encourageant la participation.
Responsabilité et obligation de rendre des comptes
Des rôles et des responsabilités clairement définis pour le recueil de données, l’élaboration des rapports et la vérification garantissent que tous les acteurs respectent leurs engagements, et partant, participent à l’obtention de résultats fiables et de haute intégrité.
La responsabilité se réfère à l’obligation assignée à une personne de réaliser une tâche ou d’endosser un rôle.
Dans le contexte du suivi des terres, cela signifie que des tâches spécifiques du processus de suivi sont dévolues à un individu, un groupe ou une institution. Par exemple, le recueil ou le stockage de données.
L’obligation de rendre des comptes se réfère au fait d’être tenu responsable d’une tâche ou d’une décision.
Dans le contexte du suivi et des rapports sur le secteur des terres, cela impose une définition claire des rôles et des résultats. Elle garantit que les parties prenantes sont responsables de leurs résultats, qu’elles doivent les expliquer et les justifier. Par exemple, l’utilisation d’une méthodologie particulière pour la collecte de données doit être motivée, et son impact sur le résultat expliqué et justifié.
Dimensions apparentées:
Les bonnes pratiques de mise en œuvre:
- Définir clairement les rôles et les responsabilités, et les encadrer par des dispositifs institutionnels appropriés.
- Clarifier les objectifs du suivi et définir qui suit quoi.
- Établir une communication efficace entre les parties prenantes dont les intérêts divergent, voire s’opposent.

