Livre I : Introduction
Les dimensions et les critères du suivi transparent, tels qu’ils sont décrits dans le Livre I, sont abordés dans d’autres pages de ce site. Dans ce « digest », nous aborderons directement le rôle du suivi transparent dans le secteur de l’utilisation des terres, puis nous décrirons trois opportunités d’utilisation du suivi transparent pour approfondir notre compréhension des émissions de ce secteur.

Contexte
Le secteur de l’utilisation des terres joue un rôle central dans l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Il constitue une source d’émissions de gaz à effet de serre majeure, contribuant environ de un dixième à un quart des émissions dues aux activités humaines, principalement la déforestation, la dégradation des terres et les pratiques d’utilisation des terres non durables.
Dans le même temps, ce secteur présente un potentiel d’atténuation colossal en tant que puits de carbone au travers du reboisement, de la restauration de l’écosystème et de la gestion durable des terres. Il est vital pour l’adaptation, car les paysages résilients protègent les communautés en amortissant les impacts climatiques, comme les événements météorologiques extrêmes et la variabilité de la productivité agricole.
Les systèmes de Suivi, Rapport et Vérification (MRV) se révèlent indispensables dans ce contexte ; ils sont conçus pour fournir des données fiables, nécessaires pour surveiller les émissions, évaluer les efforts d’atténuation et remonter des informations, et veiller à ce que les politiques climatiques soient mises en œuvre de façon efficace et équitable. En ancrant la transparence et l’obligation de rendre des comptes dans ces processus, les systèmes MRV favorisent l’élaboration de décisions fondées sur des données probantes, alignées sur les objectifs climatiques mondiaux.
Le suivi transparent des objectifs climatiques et des mesures de réductions des émissions mises en œuvre, constitue le principe fondamental de l’accord de Paris. Le cadre de transparence renforcée (Enhanced Transparency Framework en anglais, ou ETF) des mesures et de l’appui qui en découle, à l’article 13, a été élaboré dans le but de renforcer la responsabilité les Parties et de susciter la confiance dans les objectifs et actions mis en place pour les réaliser.
Pour que ce système fonctionne, toutes les Parties doivent régulièrement transmettre leurs rapports sur les émissions et absorptions de GES. De la même manière, la qualité des informations fournies compte ; à titre d’exemple, elles doivent être comparables et exhaustives, car dans le cas contraire, il est peu probable que la transparence contribue effectivement au renforcement de l’action et de l’ambition climatiques.
Les démarches de suivi transparent sont bien plus qu’un simple itinéraire technique, il s’agit de l’instrument puissant d’une action climatique concrète.
Des défis incessants malgré l’âge d’or des données
Si les progrès technologiques, tels que les données par satellite, l’informatique en ligne (cloud computing) et le machine learning sont très prometteurs, en particulier dans les pays dépourvus de capacités MRV, l’accès à ces technologies n’est pas universel. De nombreux pays sont confrontés aux coûts d’adoption élevés, à l’inégalité des infrastructures techniques et à l’absence de normes d’interopérabilité. Les décideurs politiques doivent donner la priorité aux initiatives de renforcement des capacités qui ciblent ces obstacles et assurer un accès équitable à la technologie à toutes les régions.
Renforcer la participation et la collaboration inclusives
L’implication des communautés et du secteur privé est vitale pour un suivi solide. Les peuples autochtones et les communautés locales, malgré leur connaissance approfondie de la gestion des terres et des moteurs de la déforestation, demeurent suffisamment consultés. Les mécanismes visant à intégrer ces acteurs dans les cadres de suivi nationaux restent peu aboutis, mais des exemples de démarches réussies existent.
Des démarches innovantes, telles que les partenariats public-privé, la cartographie participative, et les mécanismes incitatifs en faveur de pratiques durables, peuvent combler ces lacunes. Il est essentiel de fournir des aides financières et techniques aux peuples autochtones et communautés locales pour encourager une véritable participation.
Trois opportunités d’approfondir notre compréhension des émissions du secteur de l’utilisation des terres grâce au suivi transparent.
Ce guide met en lumière trois pistes d’opportunité concrète sur la façon dont les démarches de suivi transparent peuvent renforcer la mise en œuvre de l’ETF en vertu de l’accord de Paris et partant, accroître la confiance dans les données et l’action climatiques.
La demande de communication est forte entre la communauté scientifique, qui possède les compétences techniques, et la communauté des responsables des inventaires de GES, qui connaît les exigences politiques, ainsi que pour un engagement réciproque de chaque communauté dans les processus de l’autre. Pour saisir cette opportunité :
- Les scientifiques doivent s’investir plus directement dans l’amélioration des méthodologies de rapport des GES et des bases de données qui les sous-tendent.
- Les protocoles et normes scientifiques doivent tenir compte des exigences pour l’élaboration de rapports.
- Les calendriers de recherche nationaux doivent aussi tenir compte des besoins de données et de méthodologies de la communauté en charge des inventaires des GES.
- Pour pouvoir répondre aux besoins des différentes communautés, il est indispensable d’améliorer la compréhension et la collaboration entre les scientifiques et les communautés en charge des rapports. Il est possible d’y parvenir par la mise en place de tables rondes dans le but d’harmoniser les calendriers scientifiques et les échéances des cycles de rapport, pour à la fois maintenir une qualité scientifique et profiter des avancées opportunes, tout en favorisant un apprentissage continu.
Il est possible d’augmenter la qualité du suivi des GES dans le secteur de l’utilisation des terres, en améliorant la cohérence et l’harmonisation entre les différentes politiques. Pour y parvenir :
Para lograr estas mejoras:
- Les systèmes de suivi doivent pouvoir permettre l’interopérabilité entre les différents usages (les données scientifiques sur les changements d’affectation des terres peuvent aussi servir à la conformité aux politiques). À cette fin, les systèmes doivent inclure des données complémentaires et être capables d’évoluer sur différents niveaux d’agrégation.
- Les différentes parties prenantes doivent collaborer plus étroitement. Il est possible d’y parvenir en intégrant le suivi dans les contextes institutionnels et cadres politiques existants, plutôt que d’instaurer de nouveaux systèmes
Pour nombre de pays, le secteur de l’utilisation des terres est un élément crucial des CDN, car ils cherchent à réduire les émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts, ou se sont fixé des objectifs de boisement et de reboisement. Les démarches de suivi transparent peuvent venir soutenir les politiques et la mise en œuvre des CDN grâce à :
- Des données actualisées et de meilleure qualité sur le changement d’affectation des terres, l’évolution de la biomasse ou l’impact des perturbations naturelles.
- L’harmonisation des méthodologies de suivi des changements et le recueil des données utiles à la préparation des inventaires de GES, pouvant aussi contribuer à réduire la répétition des tâches et éviter les discordances.
- L’amélioration des flux d’information bidirectionnels, entre les divers échelons des pouvoirs publics et les différentes parties prenantes, y compris les communautés locales et autochtones qui jouent souvent un rôle central dans le suivi des forêts.
Recommandations
Pour faire progresser le suivi transparent dans tous les pays, dans tous les contextes, et dépasser les frontières des pays étudiés, un vaste ensemble de recommandations a été élaboré à partir de la synthèse des études de cas prises individuellement, et en mettant en lumière des stratégies universelles applicables :
- Renforcer les capacités et les cadres institutionnels
- Tirer parti des avancées technologiques
- Promouvoir la participation inclusive
- Susciter la collaboration du secteur privé
- Renforcer la cohérence et l’intégration politiques
- Sécuriser un financement durable
Pour obtenir plus d’informations sur chacune de ces recommandations :

